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Droit immobilier

Loyer impayé : la procédure complète du bailleur, étape par étape

Six à huit mois au minimum entre le premier impayé et l'expulsion effective — souvent deux ans. Chaque semaine perdue au début coûte un mois à la fin. La procédure est balisée : relance, mise en demeure, commandement de payer, saisine du juge, commandement de quitter les lieux, concours de la force publique. Voici le calendrier réel, les délais légaux à jour, et les trois erreurs qui font perdre des mois.

19 juillet 202612 min de lecture

Points importants

En résumé :
relance amiable
mise en demeure

La règle qui gouverne tout : la vitesse

Chaque semaine perdue au début coûte un mois à la fin. Un impayé traité à J+10 se règle dans 70 % des cas par un simple échange. Le même impayé découvert à J+45, avec deux mois de dette accumulée, devient une procédure.

Les deux réflexes non négociables :

  1. Contrôler les encaissements à J+3 de l'échéance, pas en fin de mois.
  2. Déclarer le sinistre à votre assureur GLI dans le délai contractuel — généralement 30 à 60 jours après le premier impayé. Une déclaration tardive fait perdre la garantie sur l'intégralité du sinistre, pas seulement sur la période de retard.

Étape 1 — La relance amiable (J+3 à J+15)

Objectif : comprendre et régler avant que la dette ne s'installe.

Jour Action Forme
J+3 Prise de contact SMS ou appel — informel, non accusatoire
J+10 Relance écrite E-mail ou lettre simple, conservée
J+15 Proposition d'échéancier si difficulté réelle Écrit, signé des deux parties

Ce qu'il faut chercher à savoir : s'agit-il d'un oubli, d'un incident bancaire, d'une difficulté passagère ou d'une insolvabilité durable ? La réponse détermine toute la suite.

Si la difficulté est réelle et temporaire, un échéancier écrit est presque toujours préférable à une procédure. Orientez le locataire vers :

  • le FSL (Fonds de solidarité pour le logement) de son département,
  • Action Logement s'il est salarié du privé,
  • la CAF/MSA si les aides au logement sont versées en tiers payant (le maintien des aides est conditionné au respect d'un plan d'apurement),
  • un point conseil budget ou une assistante sociale.

👉 Modèle de relance de loyer impayé

Astuce : un échéancier écrit et signé a une double valeur. Il donne une chance réelle au locataire, et il constitue une reconnaissance de dette — pièce précieuse si la procédure devient nécessaire.


Étape 2 — La mise en demeure (J+20 à J+30)

Lettre recommandée avec accusé de réception, avec :

  • le décompte précis de la dette (loyers, charges, mois par mois),
  • le rappel de la clause résolutoire du bail,
  • un délai impératif (8 à 15 jours),
  • l'annonce des suites : commandement de payer par commissaire de justice.

En parallèle, à faire impérativement :

Action Délai
Déclarer le sinistre à l'assureur GLI Selon contrat — 30 à 60 jours après le 1ᵉʳ impayé
Informer la caution par LRAR Dès le premier incident (obligation d'information)
Si Visale : déclarer sur la plateforme Action Logement Selon les conditions générales

Attention : l'obligation d'information de la caution est une condition d'efficacité du cautionnement. Un bailleur qui laisse la dette s'accumuler six mois sans prévenir la caution risque de voir sa demande limitée — voire écartée pour la période non signalée.


Étape 3 — Le commandement de payer (à partir de J+45)

C'est l'acte qui fait basculer dans le judiciaire. Il est délivré par un commissaire de justice (ex-huissier), à votre demande.

Élément Détail
Qui le délivre Commissaire de justice
Coût 150 à 300 € — récupérable sur le locataire
Délai ouvert au locataire 6 semaines (bail signé après le 29/07/2023) · 2 mois (bail antérieur)
Effet Fait courir le délai de la clause résolutoire
Notification obligatoire Copie au préfet et à la CCAPEX
Notification à la caution Dans les 15 jours, à peine de ne pouvoir lui réclamer les pénalités et intérêts de retard

La clause résolutoire

Depuis la loi du 27 juillet 2023, la clause résolutoire est de droit dans les baux d'habitation : elle est réputée écrite même si elle ne figure pas au contrat, pour les baux conclus à compter du 29 juillet 2023.

Son effet : si la dette n'est pas apurée dans le délai du commandement, le bail est résilié de plein droit. Le juge n'a plus qu'à constater la résiliation — il ne l'apprécie pas.

Bail signé Délai du commandement Clause résolutoire
Avant le 29/07/2023 2 mois Seulement si elle figure au bail
À partir du 29/07/2023 6 semaines Obligatoire / de droit

La CCAPEX

Le commandement est signalé à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives du département. Elle peut mobiliser des aides (FSL, accompagnement social) et éviter l'expulsion. Ce n'est pas une formalité contre vous : dans beaucoup de dossiers, c'est ce qui débloque un financement et vous fait payer.

Important : si le locataire paie l'intégralité de la dette dans le délai du commandement, la clause ne produit aucun effet et la procédure s'arrête. C'est l'issue la plus fréquente : le commandement a un fort effet déclencheur.


Étape 4 — La saisine du juge

Si la dette subsiste à l'expiration du délai, vous assignez le locataire devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire.

Élément Détail
Juridiction Juge des contentieux de la protection
Avocat Non obligatoire, mais recommandé au-delà d'un enjeu modeste
Délai de notification au préfet L'assignation doit être notifiée au préfet au moins 6 semaines avant l'audience
Délai d'audiencement réel 2 à 8 mois selon les juridictions
Coût Commissaire de justice + éventuel avocat, récupérables

Ce que vous demandez

  1. Constatation de la résiliation du bail par acquisition de la clause résolutoire.
  2. Expulsion du locataire et de tout occupant de son chef.
  3. Condamnation au paiement des loyers et charges impayés, avec intérêts.
  4. Indemnité d'occupation égale au loyer, à compter de la résiliation.
  5. Article 700 du Code de procédure civile (frais irrépétibles) et dépens.

Ce que le juge peut décider

Décision Effet
Constater la résiliation et ordonner l'expulsion La procédure suit son cours
Accorder des délais de paiement jusqu'à 3 ans Suspension des effets de la clause résolutoire pendant le plan
Accorder des délais pour quitter les lieux (3 mois à 3 ans) Report de l'expulsion
Rejeter la demande Si vice de procédure, dette apurée ou logement non décent

Attention : le moyen de défense le plus efficace du locataire est la non-décence du logement. Un logement classé G au DPE, une installation électrique dangereuse, une humidité non traitée : le juge peut suspendre l'obligation de payer, voire condamner le bailleur. Vérifiez l'état de votre bien avant d'engager la procédure.


Étape 5 — Le commandement de quitter les lieux

Une fois le jugement obtenu et signifié :

Étape Délai
Signification du jugement par commissaire de justice
Commandement de quitter les lieux Délai de 2 mois minimum pour partir
Demande de délais supplémentaires au juge de l'exécution Possible : 3 mois à 3 ans
Trêve hivernale 1ᵉʳ novembre – 31 mars : aucune expulsion

La trêve hivernale

Aucune expulsion ne peut être exécutée du 1ᵉʳ novembre au 31 mars, même avec un jugement définitif.

Les exceptions, très limitées :

  • occupants entrés par voie de fait (squat),
  • relogement adapté assuré à la famille,
  • immeuble frappé d'un arrêté de péril,
  • époux violent évincé du domicile conjugal.

Conséquence pratique majeure : un jugement obtenu en octobre ne sera exécutable qu'en avril. Anticipez le calendrier — engager la procédure en janvier plutôt qu'en juin peut faire gagner six mois.


Étape 6 — Le concours de la force publique

Si le locataire ne part pas à l'expiration du commandement, le commissaire de justice requiert le concours de la force publique auprès du préfet.

Réponse du préfet Effet
Accord Expulsion exécutée avec la police
Refus explicite ou silence pendant 2 mois Refus implicite
En cas de refus L'État engage sa responsabilité : le bailleur peut demander une indemnisation du préjudice (loyers non perçus)

Le recours indemnitaire contre l'État est réel et régulièrement accueilli. Il se forme auprès du tribunal administratif, après demande préalable au préfet. Beaucoup de bailleurs l'ignorent.


Le calendrier réaliste

Scénario Durée totale
Résolution amiable (relance ou échéancier) 2 semaines à 3 mois
Régularisation après commandement 3 à 5 mois
Procédure complète, sans délais accordés, hors trêve 6 à 10 mois
Procédure avec délais de paiement accordés 1 à 3 ans
Procédure avec trêve hivernale + refus de concours 2 à 4 ans

Le coût moyen d'un impayé mené jusqu'à l'expulsion : 8 à 20 mois de loyers non perçus, 1 500 à 4 000 € de frais de procédure, une remise en état, et un recouvrement très incertain sur un débiteur insolvable.

C'est ce chiffre qui justifie la GLI.


Les protections à mettre en place AVANT

Solution Coût Ce qu'elle couvre
GLI 2,5 à 4 % du loyer annuel, déductible Loyers impayés (souvent plafonnés à 70-90 k€ ou 24-36 mois), frais de procédure, dégradations, parfois vacance
Visale (Action Logement) Gratuit Jusqu'à 36 mensualités selon le profil ; conditions d'éligibilité du locataire
Caution solidaire Gratuit Selon la solvabilité de la caution

GLI et cautionnement d'une personne physique ne sont pas cumulables, sauf locataire étudiant ou apprenti. Le comparatif complet est dans GLI, Visale ou caution solidaire.

Les conditions d'éligibilité à la GLI

Les assureurs exigent quasi systématiquement :

  • un locataire en CDI hors période d'essai (ou fonctionnaire, ou retraité, ou indépendant avec 2-3 bilans),
  • des revenus nets ≥ 2,85 à 3 fois le loyer charges comprises,
  • un dossier complet et vérifié à l'entrée.

Attention : l'assureur vérifie l'éligibilité au moment du sinistre, pas à la souscription. Un dossier incomplet ou un locataire non éligible à l'entrée = refus de garantie. Constituez et conservez le dossier complet dès la signature du bail — c'est la pièce qui déclenche ou non l'indemnisation.


Les 6 erreurs qui font perdre des mois (ou la créance)

  1. Attendre. Trois mois de tolérance, c'est trois mois de dette qui ne sera jamais recouvrée.
  2. Déclarer le sinistre GLI hors délai. Perte de la garantie sur la totalité du sinistre.
  3. Ne pas informer la caution. Vous perdez le droit de lui réclamer les pénalités et intérêts, et fragilisez votre créance.
  4. Se faire justice soi-même. Changer les serrures, couper l'eau ou l'électricité, retirer la porte, harceler le locataire : c'est un délit, puni de 3 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. Et cela ruine définitivement votre dossier.
  5. Négliger la décence du logement. C'est le premier moyen de défense du locataire, et il fonctionne.
  6. Oublier la trêve hivernale dans son calendrier. Assigner en septembre plutôt qu'en février peut coûter six mois.

Après le jugement : recouvrer la créance

Obtenir un titre exécutoire ne suffit pas. Le commissaire de justice peut ensuite mettre en œuvre :

Mesure Cible
Saisie sur rémunération Salaire, dans la limite de la quotité saisissable
Saisie-attribution Comptes bancaires
Saisie-vente Biens mobiliers
Saisie de créances Loyers si le débiteur est lui-même bailleur, remboursements divers

Le titre exécutoire est valable 10 ans, renouvelable. Si le débiteur retrouve une situation, la créance reste mobilisable. Ne la considérez jamais comme perdue par principe — mais ne comptez pas dessus non plus.


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Questions fréquentes