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Investissement locatif

Calculer la rentabilité locative : brute, nette, nette-nette (la seule qui compte)

La rentabilité brute affichée dans les annonces — loyer annuel divisé par le prix — surestime systématiquement le rendement réel de 40 à 60 %. La seule qui décide, c'est la rentabilité nette-nette : après charges, après vacance, après impôt. Voici les trois formules, un cas chiffré complet sur le même bien, et les six charges que tout le monde oublie.

11 juillet 202611 min de lecture

Points importants

En résumé :
rentabilité brute
rentabilité nette

Les trois formules

1. Rentabilité brute

(Loyer mensuel × 12) ÷ Prix d'acquisition total × 100

Le prix d'acquisition total inclut : prix du bien + frais de notaire + frais d'agence + travaux + ameublement.

Ce qu'elle sert à faire : filtrer rapidement des annonces. Rien d'autre.

Attention : la rentabilité brute affichée dans les annonces de vente d'immeubles de rapport est calculée sur le prix hors frais. C'est l'astuce la plus courante : en réintégrant 8 % de frais de notaire, un « 8 % brut » devient un 7,4 %. Toujours recalculer.

2. Rentabilité nette (de charges)

[(Loyer annuel − charges annuelles) ÷ Prix d'acquisition total] × 100

Les charges à déduire :

Poste Ordre de grandeur annuel
Taxe foncière 0,8 à 1,5 mois de loyer
Charges de copropriété non récupérables 15 à 30 % du total des charges
Assurance PNO 80 à 200 €
GLI (si souscrite) 2,5 à 4 % du loyer CC
Frais de gestion (agence ou outil) 0 à 8 % des loyers
Vacance locative 3 à 8 % du loyer annuel
Provision travaux et entretien 5 à 10 % du loyer annuel
CFE (meublé uniquement) 230 à 1 500 €
Comptabilité (régime réel) 350 à 700 €

3. Rentabilité nette-nette (après impôt)

[(Loyer annuel − charges − impôt) ÷ Prix d'acquisition total] × 100

C'est la seule qui permette de comparer deux biens, deux régimes fiscaux ou deux stratégies. Elle dépend de votre tranche marginale d'imposition et du régime fiscal choisi — ce qui explique qu'un même bien n'ait pas la même rentabilité pour deux investisseurs différents.


Cas chiffré : le même bien, trois lectures

Le bien. T2 de 44 m² à Rouen. Prix affiché : 148 000 €. Loyer meublé : 710 €/mois hors charges. Investisseur à une TMI de 30 %, LMNP au régime réel.

Le prix d'acquisition réel

Ligne Montant
Prix du bien 148 000 €
Frais de notaire (7,8 %) + 11 544 €
Travaux de rafraîchissement + 6 500 €
Ameublement + 8 000 €
Prix d'acquisition total 174 044 €

Première leçon : le « prix » n'est pas 148 000 € mais 174 044 €, soit +17,6 %.

Rentabilité brute

Calcul Résultat
Sur le prix affiché seul (710 × 12) ÷ 148 000 = 5,76 %
Sur le prix d'acquisition réel (710 × 12) ÷ 174 044 = 4,89 %

L'écart entre les deux lectures : 0,87 point. C'est déjà 15 % de rendement en moins.

Rentabilité nette

Ligne Montant
Loyers annuels 8 520 €
Vacance locative (5 %) − 426 €
Taxe foncière − 940 €
Charges de copropriété non récupérables − 620 €
Assurance PNO + GLI − 480 €
CFE − 260 €
Comptabilité − 480 €
Provision travaux et entretien (6 %) − 511 €
Revenu net de charges 4 803 €
Rentabilité nette 4 803 ÷ 174 044 = 2,76 %

Deuxième leçon : on est passé de 5,76 % affiché à 2,76 % net. Le rendement a été divisé par deux.

Rentabilité nette-nette

Le bien est en LMNP au réel. Calculons l'impôt :

Ligne Montant
Recettes 8 520 €
Charges déductibles (hors provision travaux et vacance) − 2 780 €
Intérêts d'emprunt (année 3, prêt de 140 000 € sur 20 ans) − 4 020 €
Amortissement bâti (140 000 € × 2,6 %) − 3 640 €
Amortissement mobilier (8 000 € / 7 ans) − 1 143 €
Résultat fiscal − 3 063 €
Impôt dû 0 €
Rentabilité nette-nette 2,76 % (identique à la nette, l'impôt étant nul)

Troisième leçon : l'amortissement LMNP annule l'impôt. La même opération en location nue au micro-foncier donnerait :

Ligne Montant
Loyer nu (−13 %) 7 400 €
Abattement micro-foncier 30 % − 2 220 €
Base imposable 5 180 €
Prélèvements (47,2 %) − 2 445 €
Revenu net de charges (charges réduites : ni CFE, ni comptabilité, ni mobilier) 4 380 €
Revenu net-net 1 935 €
Rentabilité nette-nette 1 935 ÷ 166 044 = 1,17 %

L'écart entre les deux stratégies sur le même bien : 2,76 % contre 1,17 %. Le régime fiscal pèse plus que le prix d'achat.

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Les 6 charges que tout le monde oublie

1. La vacance locative

3 à 8 % du loyer annuel selon la tension du marché et le type de bien. Un studio étudiant qui se reloue chaque année subit structurellement 2 à 4 semaines de vacance annuelle.

Ne mettez jamais 0 %. Un bien loué 100 % du temps sur 20 ans n'existe pas.

2. La provision travaux

5 à 10 % du loyer annuel. Sur 20 ans, un logement consomme au minimum : une chaudière (3 500 €), une cuisine (5 000 €), deux remises en peinture (2 500 €), des menuiseries (6 000 €), sans compter la quote-part des travaux de copropriété.

Le fonds de travaux ALUR (minimum 5 % du budget prévisionnel, non récupérable) est un plancher, pas un maximum.

3. Les charges de copropriété non récupérables

Honoraires de syndic, fonds de travaux, assurance de l'immeuble, ravalement, gros œuvre : 15 à 30 % du total des charges appelées. Voir Charges locatives récupérables et non récupérables.

4. La CFE en meublé

230 à 1 500 €/an, due dès la deuxième année civile d'activité. Elle surprend chaque année de nouveaux bailleurs LMNP. Voir CFE en LMNP.

5. Le renouvellement du mobilier

En meublé, l'équipement se renouvelle tous les 5 à 10 ans. Sur 8 000 € de mobilier, comptez 800 à 1 500 €/an de coût réel — pas seulement comptable.

6. Votre temps

Non chiffré dans les tableaux, mais réel : 2 à 4 heures par mois pour cinq lots, plus les relocations. Si vous valorisez votre temps à 30 €/h, cela représente 900 à 1 800 €/an. Voir Gérer plusieurs biens locatifs.


Rentabilité ≠ cash-flow

Ce sont deux indicateurs différents, et beaucoup d'investisseurs les confondent.

Rentabilité Cash-flow
Mesure Le rendement du capital investi Ce qui reste en poche chaque mois
Intègre le crédit ? ❌ Non (hors intérêts en net-net) ✅ Oui, capital + intérêts
Unité Pourcentage Euros par mois
Sert à Comparer des biens entre eux Vérifier la soutenabilité de l'opération

Formule du cash-flow : Loyer perçu − charges − impôt − mensualité de crédit (capital + intérêts)

Sur notre T2 de Rouen :

Ligne Mensuel
Loyer 710 €
Charges (hors provision travaux) − 232 €
Impôt 0 €
Mensualité de crédit (140 000 € sur 20 ans à 3,5 %) − 812 €
Cash-flow − 334 €

Le bien a une rentabilité nette-nette correcte de 2,76 %, et un cash-flow négatif de 334 €/mois. C'est parfaitement normal et pas nécessairement mauvais : chaque mois, environ 460 € de capital sont remboursés — c'est de l'épargne forcée. L'effort d'épargne réel est donc de 334 €/mois pour se constituer 140 000 € de patrimoine en 20 ans.

Mais il faut pouvoir l'assumer. C'est le sujet de Cash-flow positif : comment y arriver.


Les ordres de grandeur du marché

Type de bien / marché Rentabilité brute usuelle Nette-nette réaliste
Studio en métropole tendue (Paris, Lyon, Bordeaux) 3 à 4,5 % 1 à 2 %
T2 en ville moyenne dynamique 5 à 7 % 2,5 à 4 %
T3/T4 familial en périphérie 4 à 6 % 2 à 3,5 %
Colocation en ville étudiante 6 à 9 % 3,5 à 5,5 %
Immeuble de rapport en ville moyenne 7 à 10 % 3,5 à 6 %
Meublé de tourisme (avant loi Le Meur) 8 à 15 % Très variable, en forte baisse

La règle empirique : la rentabilité nette-nette représente 40 à 55 % de la rentabilité brute. Si un vendeur vous annonce 9 % brut, attendez-vous à 3,5-5 % net-net — et vérifiez pourquoi le rendement est si élevé (marché détendu, bien dégradé, vacance structurelle).


Au-delà de la rentabilité : les trois autres composantes du rendement

La rentabilité locative ne mesure qu'une partie du gain d'un investissement immobilier.

Composante Nature Ordre de grandeur
Rendement locatif Cash récurrent 2 à 5 % net-net
Effet de levier du crédit Capital remboursé par le locataire Le vrai moteur de l'enrichissement
Plus-value Valorisation du bien Variable, non garantie
Avantage fiscal Amortissement, déficit foncier Déjà intégré dans le net-net

L'effet de levier est ce qui rend l'immobilier locatif intéressant, pas le rendement locatif seul. Un bien à 2,8 % net-net financé à 80 % par un crédit remboursé par le locataire produit un rendement sur fonds propres très supérieur — c'est ce que mesure le TRI (taux de rendement interne), le seul indicateur qui intègre l'ensemble.


Les 6 erreurs de calcul les plus fréquentes

  1. Calculer sur le prix affiché au lieu du prix d'acquisition total (frais, travaux, mobilier).
  2. Mettre 0 % de vacance. Irréaliste sur tout horizon supérieur à 3 ans.
  3. Oublier la provision travaux. Sur 20 ans, elle est certaine.
  4. Confondre charges récupérables et non récupérables. Seules les secondes réduisent votre rendement.
  5. Ignorer la fiscalité. C'est souvent le premier poste de perte de rendement — et le plus facile à optimiser.
  6. Comparer une rentabilité brute à une rentabilité nette. Le premier réflexe est de tout ramener au net-net.

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