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Gestion locative

Régularisation des charges locatives : la méthode annuelle du bailleur

Chaque année, un bailleur sur deux ne régularise pas ses charges — soit par oubli, soit parce que le décompte du syndic est illisible. Résultat : des provisions qui dérivent de 30 % par rapport au réel, et une prescription de trois ans qui efface la créance. Voici la méthode complète, du relevé du syndic au décompte envoyé au locataire, avec le calcul des tantièmes et le traitement des cas litigieux.

24 juillet 202610 min de lecture

Points importants

En résumé :
obligatoire au moins une fois par an
décompte par nature de charges

Le principe : provisions puis régularisation

Le locataire verse chaque mois une provision pour charges — une avance estimée. En fin d'exercice, le bailleur compare cette avance aux charges réellement supportées et récupérables, et solde la différence.

Résultat Conséquence
Provisions > charges réelles Le bailleur rembourse le trop-perçu
Provisions < charges réelles Le locataire paie le complément
Écart supérieur à ~15 % Ajuster les provisions pour l'exercice suivant

La régularisation n'est pas une option. L'article 23 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de procéder à une régularisation au moins annuelle. Un bailleur qui encaisse des provisions sans jamais régulariser s'expose au remboursement de la totalité des provisions perçues.

Bon à savoir : le forfait de charges est possible uniquement en location meublée et en colocation à baux multiples. Dans ce cas, aucune régularisation n'a lieu — le montant est définitif, à la hausse comme à la baisse. Le forfait doit rester « manifestement raisonnable » au regard des charges réelles.


Étape 1 — Récupérer les données du syndic

Tout part de l'arrêté annuel des comptes de la copropriété, généralement disponible après l'assemblée générale annuelle.

Les pièces à réunir :

Document Où le trouver
Relevé individuel de charges du lot Envoyé par le syndic, ou extranet
Répartition par clé (tantièmes généraux, ascenseur, chauffage…) Annexe au relevé
Détail par poste comptable Annexes 2 à 5 des comptes de copropriété
Relevés d'eau individuels Syndic ou releveur
Factures hors copropriété Vos propres factures (entretien chaudière individuelle, contrat de ramonage…)

Astuce : de nombreux syndics ne distinguent pas spontanément le récupérable du non récupérable sur le relevé individuel. Demandez expressément un relevé faisant apparaître la colonne « charges récupérables au sens du décret n° 87-713 du 26 août 1987 ». La plupart des logiciels de syndic la produisent.


Étape 2 — Trier récupérable / non récupérable

Seules les charges figurant dans la liste limitative du décret n° 87-713 du 26 août 1987 sont récupérables sur le locataire. Tout le reste est à votre charge.

Les grandes lignes

Poste Récupérable Détail
Eau froide et chaude Consommation + entretien des compteurs
Chauffage collectif Combustible, exploitation, entretien
Ascenseur ✅ Exploitation et petites réparations ❌ Remplacement, mise aux normes
Électricité des parties communes
Entretien des parties communes Produits, personnel, nettoyage
Espaces verts ✅ Entretien courant ❌ Création, replantation
Gardien / concierge ✅ 75 % s'il assure entretien et sortie des poubelles ; 40 % s'il n'assure qu'une des deux
TEOM ✅ Taxe d'enlèvement des ordures ménagères La taxe foncière ne l'est pas
Honoraires de syndic ❌ Jamais
Fonds de travaux (loi ALUR) ❌ Jamais
Ravalement, toiture, gros œuvre ❌ Jamais
Assurance de l'immeuble

Le détail poste par poste, avec les cas limites, est dans Charges locatives récupérables et non récupérables.


Étape 3 — Calculer la quote-part du locataire

En copropriété

Le syndic applique déjà les tantièmes à votre lot. Vous partez donc du relevé individuel de votre lot, dont vous extrayez la part récupérable.

Attention au décalage d'exercice. L'exercice comptable de la copropriété coïncide rarement avec la période de location. Si le locataire est entré le 1ᵉʳ mars et que l'exercice court du 1ᵉʳ janvier au 31 décembre, sa quote-part est prorata temporis :

Charges imputables = charges récupérables de l'exercice × (nombre de jours d'occupation ÷ 365)

En immeuble entier (monopropriété)

C'est à vous d'établir la clé de répartition. Les critères admis :

Nature de charge Clé usuelle
Chauffage collectif, eau chaude Surface habitable, ou compteurs individuels
Entretien des communs, électricité Tantièmes ou surface
Eau froide sans compteur individuel Nombre d'occupants ou surface
Ascenseur Étage (pondération croissante)

La clé doit figurer dans le bail et rester constante d'une année sur l'autre. Un changement de méthode en cours de bail est contestable.


Étape 4 — Envoyer le décompte

Ce que la loi impose : le délai d'un mois

Un mois avant la régularisation, le bailleur communique au locataire :

  1. Le décompte par nature de charges.
  2. Le mode de répartition entre les locataires, lorsque l'immeuble est collectif.
  3. En cas de chauffage ou d'eau chaude collectifs : une note d'information sur les modalités de calcul et sur la répartition entre les postes de consommation.

Ce délai d'un mois est un préavis, pas un délai de contestation. Il permet au locataire de consulter les justificatifs avant d'être appelé à payer.

Le contenu du décompte type

Bloc Détail
Identité des parties et adresse du logement
Période concernée Dates précises
Total des provisions versées Nombre de mois × montant
Détail des charges récupérables, poste par poste Eau, chauffage, ascenseur, communs, TEOM…
Quote-part du locataire Avec la clé et le prorata temporis si applicable
Solde À payer ou à rembourser
Proposition de nouvelles provisions Pour l'exercice suivant
Mention de la mise à disposition des pièces Pendant 6 mois

En pratique : joignez systématiquement une copie du relevé du syndic. Cela réduit d'emblée la contestation, et cela vous évite d'organiser une consultation physique des pièces.

La mise à disposition des pièces : 6 mois

Les pièces justificatives doivent être tenues à la disposition du locataire pendant six mois à compter de l'envoi du décompte. Le locataire peut les consulter (au domicile du bailleur, chez son mandataire, ou par tout moyen convenu) et en obtenir copie à ses frais s'il le demande.


Étape 5 — Ajuster les provisions

Le montant des provisions doit être justifié par le dernier décompte ou le budget prévisionnel de la copropriété.

La règle de bon sens : ajustez dès que l'écart dépasse 15 %. Une régularisation annuelle de 400 € à payer d'un coup est une source de tension et d'impayé ; une provision correctement calibrée lisse la trésorerie du locataire.

Situation Ajustement
Régularisation débitrice significative Augmenter la provision mensuelle
Trop-perçu récurrent Baisser la provision
Travaux votés en AG (part récupérable) Anticiper dès l'exercice suivant
Bien en monopropriété avec chauffage collectif Suivre l'évolution du prix de l'énergie

L'ajustement se fait par simple information au locataire, en même temps que le décompte. Il ne nécessite aucun avenant. Répercutez-le sur la quittance du mois suivant.


Exemple chiffré complet

La situation. T3 en copropriété, locataire entré le 1ᵉʳ avril 2025. Provisions : 95 €/mois. Exercice de la copropriété : année civile 2025. Régularisation effectuée en juillet 2026, après l'AG de juin.

Le relevé du syndic pour le lot (exercice 2025)

Poste Total lot Récupérable
Eau froide (compteur individuel) 312 € 312 €
Chauffage collectif 940 € 940 €
Électricité parties communes 168 € 168 €
Entretien / nettoyage des communs 285 € 285 €
Ascenseur — exploitation 220 € 220 €
Ascenseur — remplacement d'armoire de commande 640 € ❌ 0 €
Espaces verts — entretien 130 € 130 €
Honoraires de syndic 410 € ❌ 0 €
Fonds de travaux ALUR 380 € ❌ 0 €
Assurance immeuble 195 € ❌ 0 €
Total 3 680 € 2 055 €

Le prorata temporis

Le locataire a occupé le logement 275 jours en 2025 (du 1ᵉʳ avril au 31 décembre).

Charges imputables = 2 055 × (275 ÷ 365) = 1 548,29 €

À quoi s'ajoute la TEOM (récupérable, prorata identique) : avis de taxe foncière 2025, part TEOM = 214 € → 161,23 €.

Total dû par le locataire : 1 709,52 €

Le solde

Ligne Montant
Provisions versées (9 mois × 95 €) 855,00 €
Charges récupérables imputables − 1 709,52 €
Solde à la charge du locataire 854,52 €

La conclusion à en tirer

Les provisions étaient sous-évaluées de 100 %. Un rappel de 854 € en une fois est difficile à absorber pour un locataire et constitue un facteur d'impayé majeur.

Ajustement à proposer : 1 709,52 ÷ 9 mois = 190 €/mois, arrondi à 190 € pour l'exercice suivant. Et surtout : régulariser chaque année, pas tous les trois ans.

Attention : la régularisation ayant été faite plus d'un an après l'exercice concerné, le locataire est en droit d'exiger un étalement du paiement sur douze mois. C'est une sanction indirecte du retard du bailleur.


Les délais qui vous font perdre la créance

Règle Délai
Prescription de l'action en paiement des charges 3 ans
Prescription de l'action du locataire en remboursement du trop-perçu 3 ans
Régularisation faite avec plus d'un an de retard Le locataire peut exiger un étalement sur 12 mois
Mise à disposition des justificatifs 6 mois à compter de l'envoi du décompte

Le point de départ de la prescription triennale est la date à laquelle la créance devient exigible — en pratique, la date de la régularisation, elle-même conditionnée par l'arrêté des comptes du syndic. La jurisprudence est nuancée : ne comptez pas dessus pour rattraper cinq ans d'arriérés.


Les cas litigieux les plus fréquents

Le syndic n'a pas encore arrêté les comptes

C'est fréquent, et ce n'est pas une excuse pour ne rien faire. Envoyez une régularisation provisoire sur la base du budget prévisionnel, puis un décompte définitif après l'AG. Ou conservez la provision de 20 % du dépôt de garantie si le locataire est parti.

Le locataire conteste le décompte

  1. Communiquez les pièces (relevé du syndic, factures hors copropriété).
  2. Vérifiez vous-même la ventilation récupérable / non récupérable — l'erreur vient souvent de là.
  3. À défaut d'accord : commission départementale de conciliation, gratuite.
  4. En dernier recours : juge des contentieux de la protection.

Un poste non récupérable s'est glissé dans le décompte

Corrigez immédiatement et renvoyez un décompte rectifié. Un décompte comportant des charges non récupérables peut être écarté en totalité par un juge, pas seulement pour la part indue.

Le locataire est parti en cours d'exercice

Vous conservez jusqu'à 20 % du dépôt de garantie en provision jusqu'à l'arrêté annuel des comptes, puis restituez le solde dans le mois suivant leur approbation. Les parties peuvent aussi convenir d'un solde anticipé sur la base du dernier décompte connu — c'est souvent la solution la plus fluide.


Les 6 erreurs qui coûtent le plus

  1. Ne pas régulariser du tout. Risque de remboursement intégral des provisions perçues.
  2. Régulariser tous les 3 ans. Rappel massif, étalement de droit sur 12 mois, tension garantie.
  3. Inclure des charges non récupérables — honoraires de syndic, fonds de travaux, ravalement. Le décompte peut tomber en entier.
  4. Récupérer la taxe foncière au lieu de la seule TEOM.
  5. Oublier le prorata temporis en cas d'entrée ou de sortie en cours d'exercice.
  6. Ne pas ajuster les provisions. L'écart se creuse mécaniquement d'année en année.

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